L'halitose et la salive

Que ce soit le matin au réveil, après une séance au cinéma, un bon spectacle au théâtre, ou encore un long trajet en avion/train… bouche fermée, une hyposalivation s’installe et quand la situation dure trop longtemps elle faire naître une certaine appréhension sur l’état de notre haleine quand il est question de ré-ouvrir la bouche !

Quel rôle joue la salive ? La salive, c’est quoi et à quoi ça sert ? Pourquoi, dans certaines situations, la bouche s’assèche-t-elle ? Et pourquoi une bouche sèche induit-elle une mauvaise haleine ? Autant de questions auxquelles nous allons apporter un éclairage afin de trouver « les trucs et astuces » capables, dans certains cas, de remédier à l’halitose induite par la bouche sèche.

Focus sur la salive

La salive est produite par les glandes salivaires situées dans la bouche. Il existe 4 paires de glandes salivaires, réparties en deux types :
− les glandes salivaires « accessoires » (ou microscopiques) qui tapissent la muqueuse buccale
− les glandes salivaires « principales » (ou macroscopiques) qui sont placées sous la langue, en dedans et en dessous de la mâchoire, et enfin de chaque côté du visage, au-dessous et en avant des oreilles.
Les glandes salivaires produisent environ un litre de salive chaque jour mais cela peut varier d’une personne à l’autre de 0,5 à 2 litres. Sur une vie, la production salivaire peut représenter plus de 36 000 litres.

Le saviez-vous ?
La salive est composée à plus de 95 % d’eau, le reste représentant des substances diverses. Compte tenu de la richesse de sa composition (sodium, potassium, urée, glucose, hormones, protéines, etc.), la salive est un excellent indicateur, notamment dans la recherche de certaines maladies ou consommation de stupéfiants. Ses rôles sont très variés et elle agit à plusieurs niveaux : dans la bouche, en protégeant nos dents, en nous aidant à manger mais aussi dans l’œsophage.

A quoi sert la salive dans la bouche ?

Ses fonctions sont nombreuses. Elle est autant nécessaire à notre alimentation qu’à la protection de notre écosystème bucco-dentaire (humidification des muqueuses buccales, hygiène buccale, dentaire, gingivale, etc.).

La salive nous aide à bien manger

La salive permet de préparer les aliments pour leur digestion. Elle sert à constituer un « bol alimentaire » suffisamment humecté et lubrifié qui nous empêche de nous étouffer en mangeant !

En dissolvant les aliments, elle sert de révélateur de goût. Ce n’est qu’en humectant un morceau de sucre ou de sel que ses molécules seront libérés et donc reconnues par les bourgeons gustatifs enfouis dans les sillons profonds de la langue.

La salive contribue également à la digestion de l’amidon et de certaines protéines.

La salive joue un rôle de rempart

Au delà du rôle de nettoyage mécanique qu’elle joue dans la bouche, la salive aide à maintenir, grâce à ses substances tampon, un pH buccal proche de la neutralité (il varie entre 6,5 et 7,4.). Ainsi, elle évite qu’un pH trop alcalin (supérieur à 7), favorable à la création de tartre, s’installe ou, à l’inverse, qu’un pH trop acide (inférieur à 7) rende l’émail poreux et mince, favorable aux caries.

La décomposition de résidus alimentaires stagnant dans la bouche et un environnement basique (supérieur à 7) étant deux conditions favorables à l’halitose, la salive joue un rôle clé pour éviter d’avoir une mauvaise haleine.

Autre fonction de la salive ; elle permet de lutter contre l’érosion de l’émail dentaire grâce à sa concentration en phosphate de calcium.

Enfin, en formant une couche de protection sur les dents, elle estompe les irrégularités à la surface de l’émail et le garde lisse et lubrifié.

Quand salive-t-on ?

Régie par le système nerveux, la salivation est un réflexe inné. Il peut se déclencher à la vue d’un beau gâteau ou en présence d’odeurs alléchantes émanant d’un bon petit plat. Ne dit-on pas d’ailleurs « j’en salive déjà » à l’évocation d ‘un bon repas ? C’est le fameux réflexe de Pavlov !

Les situations de douleur induisent également le réflexe de salivation.

Mais c’est surtout lors des repas pour aider à la mastication et à la déglutition que la production de salive est à un niveau élevé.

A contrario, au repos, la bouche, sans stimuli, produit moins de salive. Chez le sujet qui dort, la production de salive décroît de manière considérable.

Et, bien sûr, chacun sait qu’il existe une autre situation où le réflexe de salivation est volontairement activé : pour éviter d’avoir mauvaise haleine et incommoder son interlocuteur !

Quelles sont les causes de la sécheresse buccale ?

Parfois révélatrice d’une maladie (le syndrome de Sjögren), la sécheresse buccale peut être un effet secondaire de certaines affections (congestion nasale ou maladies plus graves comme l’hépatite C, le VIH, le diabète, etc.) ou conséquence de la prise de certains médicaments (substances anorexigènes, antidépresseurs, neuroleptiques, etc.) et/ou traitements (radiothérapie ORL par exemple).

Un dysfonctionnement des glandes salivaires peut également être responsable d’une production insuffisante de salive.

D’autres situations comme un jeûne prolongé, le tabagisme ou la consommation d’alcool et de certains aliments (ail) peuvent induire une réduction du flux salivaire.

Enfin, plus on avance en âge plus le risque de se plaindre de sécheresse buccale est élevé. D’une part, parce que bien souvent la consommation de médicaments augmente avec l’âge et, d’autre part, parce qu’effectivement les glandes salivaires travaillent moins chez les seniors, en partie parce qu’elles vieillissent mais aussi parce que la sensation de soif diminue.

La minute savante
On parle d’hyposialie lors d’une production faible de salive et de xérostomie en cas de sécheresse buccale.
L’absence de sécrétion de salive par les glandes salivaires s’appelle également asialie. D’autres termes comme aptyalisme, asialisme ou asialorrhée peuvent être utilisés.
A contrario, une hypersialorrhée est une production excessive de salive. Certains aliments trop sucrés ou acides comme les desserts sucrés industriels, les sauces à base d’agrumes ou tomates cuites, certains formages comme le camembert ou le parmesan ou encore les aliments épicés augmentent la salivation.

Bouche sèche et halitose

Pourquoi souffre-t-on de mauvaise haleine quand notre bouche est sèche ?

Dans les zones difficilement accessibles par la salive, s’accumule la plaque dentaire, structures complexes et à trois dimensions composées de colonies bactériennes. Sans brossage ou passage du fil dentaire entre les dents, la plaque peut s’épaissir jusqu’à un millimètre d’épaisseur, abritant des centaines de bactéries. Dans ces colonies, et plus particulièrement dans les couches inférieures à la base des dents, se produit alors un manque d’oxygène propice au développement des bactéries anaérobies.

Or ces bactéries anaérobies de la flore buccale ont un pouvoir très gazogène… Elles produisent en effet des Composés Soufrés Volatils (CSV) qui s’accompagnent d’une odeur nauséabonde à l’origine de l’halitose.
Donc si la salive vient à manquer, le phénomène de l’halitose risque de s’accentuer. CQFD.

Trucs et astuces pour remédier à l’halitose induite par la bouche sèche

En fonction de son origine, la sécheresse buccale est plus ou moins évitable. Quand elle est liée à une absence temporaire de production salivaire liée notamment au repos comme c’est la cas en cas de mauvaise haleine du matin, il est recommandé de :
− Se brosser consciencieusement les dents, les gencives et surtout la langue où aiment se nicher les bactéries anaérobies le soir au coucher. En cas de prothèse dentaire mobile, il est important de la nettoyer, de la brosser avec une brosse à prothèse après chaque repas et de le désinfecter une fois par jour.
− Boire un grand verre d’eau peut également aider à diminuer la sensation de bouche sèche au réveil.
− Éviter au dîner les aliments et boissons qui assèchent la bouche.
− Ne pas fumer.
− Au réveil, pour relancer la production salivaire, boire également un grand verre d’eau et, après le petit-déjeuner, se laver à nouveau les dents, les gencives et la langue.
− En cours de journée, afin de compléter le rôle auto-nettoyant de la salive, l’utilisation d’une solution antiseptique en complément d’une bonne hygiène bucco-dentaire, est recommandée pour aider à éliminer les bactéries qui se nourrissent des débris alimentaires et produisent des gaz à odeur désagréable.